«Toute accession à une haute fonction emprunte un escalier tortueux.»
[Francis Bacon] - Extrait des Essais
«Pour gravir un échelon dans la hiérarchie, il faut souvent passer par l'escalier de service.»
Yvan Audouard
L’escalier va plus loin que son rôle fonctionnel et que sa technique. Il façonne la proportion, le lien de l’homme à l’espace. Caractère d’une distinction, expression du pouvoir, il représente la classe sociale dominante. Nombreuses sont les citations reprenant cette symbolique : « Monter en grade », « Gravir les échelons de la hiérarchie », « Monter sur le trône »….Autant d’expressions qui mettent en évidence la domination de certains, une supériorité sociale ou intellectuelle.
Cette symbolique apparaît également au cinéma.
En voici quelques exemples : « Métropolis », « Le Cuirassé de Potemkine », « Bienvenue à Gattaca », « Cendrillon », …
mardi 11 mars 2008
"Nu descendant l'escalier, N°2", Marcel Duchamp, 1912 :

Quand on parle d’escalier, on pense tout de suite à un lieu de passage, un lieu dans lequel on est en mouvement. Cette notion de déplacement a été fortement exploitée. En effet, les escaliers permettent un jeu avec celui-ci, et notamment sa décomposition. L’univers du cinéma n’a d’ailleurs pas été le seul à y faire allusion. L’art pictural, avec notamment Marcel Duchamp et son célèbre « Nu descendant l’escalier » l’ont également utilisé. Nous pouvons y admirer l’étude de la dissociation du mouvement d’une femme descendant les marches, tel un film au ralenti.
Le temps aussi, est traité dans ces scènes d’escaliers. Qu’il soit stopper, accélérer, pour gagner ou perdre du temps, il peut subir de nombreuses variations dans cet
élément de décor et jouer sur le sens dramatique de la situation.
"The Untouchables", Brian de Palma, 1987 :
Dans son film, Brian de Palma tourne plusieurs scènes d’escaliers, à forte consonance imagée.
Dès le début, le héros est confronté à un escalier symbolisant la chute, la déchéance, …
Eliot Ness, grand détective qui se bat contre la prohibition, est sur le point de faire un gros coup, qui pourrait être bon pour sa carrière. Malheureusement pour lui, Al Capone lui joue un mauvais tour et le jeune détective, devant les journalistes, qui devaient immortaliser ce moment de gloire, est ridiculisé. A la suite de cela, une scène montre Eliot Ness, qui descend les escaliers le long d’un quai. Cette descente est filmée dans son entièreté, pour intensifier cette notion de déchéance. Le lendemain les journaux annonçaient la dégringolade du héros.

Dans une deuxième scène, on se retrouve confronté à un escalier avec une symbolique sociale, exprimant le pouvoir.
Il s’agit de celui d’un grand hôtel, dans lequel séjournent des personnes de classe élevée, et entre autre Al Capone. Celui-ci va s’y retrouver confronté au jeune détective. Dans cette scène, on perçoit donc un Al Capone, dans un moment du film où il prend le dessus, en haut de l’escalier de l’hôtel ; et le jeune détective, beaucoup moins riche, et qui plus est, a subit une grande perte humaine, en bas des marches. Al Capone domine Eliott Ness.
.jpg)
Troisième escalier, celui de l’opéra, est purement de parade. Il est de coutume de s’y exhiber pour montrer qu’on a des sous. C’est pour cette raison que Al Capone se fait, fièrement, interviewé dans cette escalier de parade.
.jpg)
.jpg)
Mais la plus mémorable reste sans aucun doute, celle dans la gare de Chicago, à la fin du film.
Cette scène rend hommage au film d’Eisenstein, « Le Cuirassé Potemkine », avec la célèbre descente vertigineuse du landau.
Mais est-ce que ces deux scènes similaires ont-elles le même impact ?
Nous sommes au cœur d’une bagarre sanglante entre Eliott Ness et les hommes d’Al Capone.
Ce combat se déroule dans ces fameux escaliers de la gare.
Pour intensifier le stress de cette scène, de Palma y ajoute un landau qui dévale les marches.
Cette scène a moins d’impact que dans « Le Cuirassé de Potemkine ».
Dans le film d’Eisenstein, nous sommes confronté à une révolution dans laquelle le peuple va se faire massacrer. Le landau tombe à la suite de l’assassinat de la mère en haut des marches. Personne n’arrivera à rattraper ce landau, ce qui rend la scène plus tragique , plus forte que dans « Les Incorruptibles ».
Vous pouvez voir un extrait vidéo de la scène en cliquant dans les liens.
Il semblerait que Brian de Palma n'ai pas été le seul à rendre hommage à Eisenstein et sa célèbre scène des escaliers du Cuirassé de Potemkine.
Exemple, la série Ergo Proxy de Dai Sato, à vérifier!
Dès le début, le héros est confronté à un escalier symbolisant la chute, la déchéance, …
Eliot Ness, grand détective qui se bat contre la prohibition, est sur le point de faire un gros coup, qui pourrait être bon pour sa carrière. Malheureusement pour lui, Al Capone lui joue un mauvais tour et le jeune détective, devant les journalistes, qui devaient immortaliser ce moment de gloire, est ridiculisé. A la suite de cela, une scène montre Eliot Ness, qui descend les escaliers le long d’un quai. Cette descente est filmée dans son entièreté, pour intensifier cette notion de déchéance. Le lendemain les journaux annonçaient la dégringolade du héros.

Dans une deuxième scène, on se retrouve confronté à un escalier avec une symbolique sociale, exprimant le pouvoir.
Il s’agit de celui d’un grand hôtel, dans lequel séjournent des personnes de classe élevée, et entre autre Al Capone. Celui-ci va s’y retrouver confronté au jeune détective. Dans cette scène, on perçoit donc un Al Capone, dans un moment du film où il prend le dessus, en haut de l’escalier de l’hôtel ; et le jeune détective, beaucoup moins riche, et qui plus est, a subit une grande perte humaine, en bas des marches. Al Capone domine Eliott Ness.
.jpg)
Troisième escalier, celui de l’opéra, est purement de parade. Il est de coutume de s’y exhiber pour montrer qu’on a des sous. C’est pour cette raison que Al Capone se fait, fièrement, interviewé dans cette escalier de parade.
.jpg)
.jpg)
Mais la plus mémorable reste sans aucun doute, celle dans la gare de Chicago, à la fin du film.
Cette scène rend hommage au film d’Eisenstein, « Le Cuirassé Potemkine », avec la célèbre descente vertigineuse du landau.
Mais est-ce que ces deux scènes similaires ont-elles le même impact ?
Nous sommes au cœur d’une bagarre sanglante entre Eliott Ness et les hommes d’Al Capone.
Ce combat se déroule dans ces fameux escaliers de la gare.
Pour intensifier le stress de cette scène, de Palma y ajoute un landau qui dévale les marches.
Cette scène a moins d’impact que dans « Le Cuirassé de Potemkine ».
Dans le film d’Eisenstein, nous sommes confronté à une révolution dans laquelle le peuple va se faire massacrer. Le landau tombe à la suite de l’assassinat de la mère en haut des marches. Personne n’arrivera à rattraper ce landau, ce qui rend la scène plus tragique , plus forte que dans « Les Incorruptibles ».
Vous pouvez voir un extrait vidéo de la scène en cliquant dans les liens.
Il semblerait que Brian de Palma n'ai pas été le seul à rendre hommage à Eisenstein et sa célèbre scène des escaliers du Cuirassé de Potemkine.
Exemple, la série Ergo Proxy de Dai Sato, à vérifier!
lundi 10 mars 2008
"Le Cuirassé Potemkine", Eisenstein, 1925 :
.jpg)
.jpg)

Ce film est célèbre pour plusieurs raisons ; non seulement pour ses techniques de tournage, pour son histoire, mais surtout pour son escalier (séquence qui dure 6 minutes).
Bien que l’histoire n’est pas réelle, sa force dramatique en a fait un des symboles de la révolution soviétique. L’escalier d’Odessa devint un mythe et une zone touristique incontournable.
Le film aurait-il eu autant d’impact sans cet élément ? Il semble que non, que l’un et l’autre sont indissociables.
Cet escalier majestueux a différentes symboliques : angoisse, oppression et peur, social, mythique.
Tout d’abord, la notion de peur et d’angoisse, avec cette célèbre scène du landau qui dévale l’escalier (qui sera reprise plus tard par de Palma dans son film « Les Incorruptibles »). Cette scène est conçue avec une implacable froideur et condense l’ensemble de l’action.
Eisenstein utilise la dynamique de l’escalier menaçant qui mène de la ville à la mer :
«…marche par marche, l’action galope vers le bas, mue par une escalade de qualités en qualités, pour atteindre une intensité profonde, une dimension toujours plus large » (Eisenstein)
Des méthodes de tournage neuves, comme le travelling, sont utilisées. La caméra part d’en haut à gauche et descend en alternant gros plans et plans séquence, ce qui allonge la désorganisation du récit et renforce l'inquiétude.
Et pour donner encore plus d'expression, la caméra suit ensuite, une femme qui remonte et immobilise le trajet descendant de la caméra.
Malgré que ce document ne soit que simple invention, elle possède une démarche historique et dresse un espoir qui se soulève face au pouvoir tsariste. L’imagination anticipe la réalité et engendre à partir d’un simple élément de décor, un lieu mythique.
L’escalier a aussi une symbolique sociale, représentée ici, par les soldats tsaristes, évoquant le pouvoir puissant du pays, l’autorité, en haut et le peuple, plus bas, éparpillé sur les marches. Les soldats, le pouvoir viennent terrifier l’escalier (et donc par conséquent, le peuple) dans sa descente.
L’escalier est donc la métaphore la plus représentative de la relation entre le pouvoir puissant et le peuple soumis.
"Incassable", M.Night Shyamalan, 2000 :
.jpg)
.jpg)
Dans « Incassable » , c’est la descente qui est mise en évidence mais sous forme de chute, pour relever encore plus l’handicape du personnage, sa fragilité.
Il est plus difficile et dangereux pour lui, de descendre l’escalier que de le monter.
Le cinéaste n’a pas pris n’importe quel escalier. Mais celui menant sur le quai du métro. Celui-ci a la particularité d’être en métal, avec des bords de marches tranchants ; ce qui accentue le contraste entre le personnage fragile et l’escalier dur et dangereux.
Lors de la chute, la caméra suit la canne du héros qui se détruit sur ces marches acérées. Ceci, afin de mettre l’accent, non pas sur le héros, mais sur la symbolique de cette scène et les objets qui deviennent alors les acteurs principaux.
La canne en verre, qui se brise, est la métaphore du héros, fragilisé par son handicap, qui se brise en mille morceaux à la moindre chute. L’escalier symbolise, quant à lui, la vie de tous les jours du personnage, faite de nombreuses embûches. Chaque moment qu’il vit, chaque mouvement qu’il fait , est un danger comme le représente chaque marche tranchante de cet escalier.
Même la rampe, qui, d’habitude, représente la sécurité, n’est, dans ce cas, pas très rassurante. Elle est froide, insignifiante, elle ne donne pas envie d’être empoignée.
mercredi 5 mars 2008
"Signes", M.Night Shyamalan, 2002 :

Dans « Signes » , il s’agit de l’escalier menant à la cave. Mais paradoxalement, il n’est pas filmé comme de coutume, dans sa descente.
Au contraire, un des personnages est filmé en train de monter, de se diriger vers la lumière.
Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas de l’éternel escalier sombre qui mène à la cave, symbolisant la peur, la frayeur des monstres d’en bas. Certes, une tension se fait ressentir lors de la montée : qu’il y a t’il en haut ? Les extraterrestres sont-ils toujours là ?
Mais nous sortons de l’ombre pour nous diriger vers la lumière, message d’espoir, de libération, de victoire. La lumière rassure. De, plus, celle-ci passe à travers une fenêtre obstruée par un panneau percé de lune et d’étoile. Est-ce que cela fait référence aux extraterrestres qui ont envahit la maison et qui se trouve à l’étage ? Ou est-ce un rappel au métier de prêtre de Graham Hess ?
Mais on ne s’attend pas à ce qu’il y a en haut.
"The Sixth Sense", M.Night Shyamalan, 1999 :
.jpg)

Cette passion de l’escalier, de cet élément de décor incontournable en tant qu’acteur, ne se retrouve pas seulement chez Hitchcock.
Bon nombre de cinéastes en ont été séduit, comme par exemple M. Night Shyamalan.
Dans ses films, il y a toujours bien plus à voir que ce qu’une première image pourrait laisser méditer. Ces plans en apparence sommaires sont vigoureusement messagers de symboles, de renseignements sur l'intrigue et la nature du héros.
Dans ce cas-ci, il y a une certaine froideur avec des lignes de fuites, des axes de symétrie,…
Les escaliers y sont le symbole d’un passage à un autre niveau, celui de la conscience ou de l’existence. Ils mènent vers un autre lieu, réel ou imaginaire.
Pour citer quelques exemples, « Sixième Sens », dans lequel un ballon s’envole dans un escalier en colimaçon.
Que signifie-t-il ?
Le passage du petit garçon, héros du film, du conscient vers l’inconscient, du monde des vivants vers celui des morts, avec qui il communique. C’est pour cette raison qu’un escalier en colimaçon a été utilisé.
Combien de fois ne nous sommes nous pas retrouvés dans l’un de ces escaliers et avoir une sensation de vertige, de tournis, qui nous oblige de s’arrêter un bref instant pour reprendre ses esprits.
Souvent, ces escaliers sont des passages obligés et à sens unique.
Comme dans « Nosferatu » de Murnau ou encore les films d’Hitchcock, les ombres du décors mais aussi des acteurs sont mises en valeur.
Dans ce cas-ci, c’est l’ombre du petit garçon, ainsi que celle de la rampe d’escalier qui apparaissent. Encore une fois, l’ombre de la rampe symbolise l ‘emprise du pouvoir sur ce jeune homme, il en est prisonnier. Des voix l’appellent en haut, il se sent comme obligé de monter, il ne peut résister à cet appel. La projection du décor représente l’inconscient tourmenté,
L’ombre du garçon projetée sur le mur symbolise son inconscient, qui se détache de plus en plus de lui lorsque ces voix l’appelle.
Ce jeu d’ombres crée une certaine tension.
Monter ou descendre ? :
Dans « Sixième Sens », le petit garçon monte l’escalier, lentement. Toute son ascension est filmée, symbolisant la progression de son esprit vers ce monde irréel de l’au-delà.
S’il avait descendu l’escalier, la symbolique n’aurait pas été la même ; il aurait peut-être été question de fuite, de peur.
Inscription à :
Articles (Atom)